Bulletin de psychiatrie
(parution semestrielle ou annuelle)
Bulletin N°35bis
   Mise à jour du 7 juin 2026


Dr Ludwig Fineltain
AIHPS Psy.Hôp.-Anc.Ch.Serv.

France
E-mail: fineltainl@yahoo.fr


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PSYCHIATRIE CLASSIQUE ET DSM
Résumé N°1


    Pour une conjonction hiérarchisée entre classification et clinique
    Problématique centrale: comment préserver la richesse clinique et psychopathologique de la psychiatrie classique tout en conservant les avantages opératoires, internationaux et scientifiques du DSM/CIM?
    Introduction
    " Apparition d'un double langage psychiatrique.
    " Le DSM comme langue internationale: risque de substituer le classement à la compréhension.
    I. Deux modèles de psychiatrie
    A. Le modèle classificatoire (DSM-CIM) avec " standardisation; " fiabilité inter-juges; " codification; " comparabilité internationale.
    B. Le modèle clinique classique avec "structure; temporalité; histoire du sujet; unité signifiante
    II. Zones de friction entre les deux systèmes: "déplacements diagnostiques; perte de certaines entités classiques; réduction du symptôme à l'item; inflation des comorbidités"
    III. Conditions de la coexistence ? Comprendre avec la clinique et coder avec le DSM
    Principe de la hiérarchie : "récit clinique d'abord; codage ensuite; hiérarchie entre compréhension et nomenclature"
    IV. Les cas cliniques comme révélateurs. L'expertise au cours de l'affaire Breivik comme limite du modèle descriptif CIM-DSM
    V. Enjeux philosophiques et épistémologiques
    " ontologie du symptôme;
    " synchronie contre diachronie;
    " critique de l'athéorisme;
    " continuité narrative.
    VI. Formation des psychiatres : "risque du technicien du diagnostic"
    Conclusion
    Ni restauration intégrale des classiques ni hégémonie du DSM: une psychiatrie extensive, classificatrice et réflexive.
   
   

RÉSUMÉ N°2


    La psychiatrie contemporaine vit une situation exceptionnelle: la coexistence de deux systèmes de pensée concurrents mais devenus interdépendants. D'un côté se trouvent le DSM et la CIM, outils classificatoires standardisés ayant permis l'internationalisation des diagnostics, l'amélioration des échanges scientifiques et le développement des recherches thérapeutiques. De l'autre persiste la psychiatrie classique européenne héritée notamment des écoles allemande et française, centrée sur la structure psychique, la temporalité des troubles et l'histoire du sujet.
    La coexistence est une forme de diglossie psychiatrique: deux langages, deux visions du symptôme, deux ontologies du trouble mental. Le DSM repose sur des critères descriptifs, synchroniques et reproductibles. Il vise la fiabilité diagnostique. À l'inverse, la psychiatrie classique cherche une cohérence d'ensemble: elle interprète les symptômes comme les manifestations d'une organisation psychique inscrite dans une trajectoire biographique.
    Cette divergence produit des zones de friction nosographique. Certaines catégories historiques - psychose hallucinatoire chronique, bouffée délirante aiguë, névrose obsessionnelle, mélancolie - apparaissent transformées, diluées ou redistribuées dans les catégories contemporaines. J'estime qu'un symptôme devenu simple item perd son épaisseur clinique et sa fonction structurante.
    Toutefois il n'est nullement question d'un rejet du DSM. Au contraire, "si le DSM n'existait pas il eût fallu l'inventer". Son utilité est connue: langage commun, recherche, statistiques, expertise, administration, communication internationale. La critique vise non pas son existence mais son absolutisation doctrinale. Une classification ne constitue pas une théorie du sujet.
    Ma thèse centrale est celle d'une conjonction hiérarchisée. La clinique doit conserver la primauté intellectuelle et interprétative tandis que le DSM doit remplir une fonction secondaire de formalisation et de codification. La formule synthétique proposée est celle-ci: "comprendre avec la clinique classique et coder avec le DSM".
    Des cas cliniques démontrent ce clivage. Là où le DSM tend à multiplier les diagnostics partiels et les comorbidités, l'approche classique cherche une synthèse intégrant personnalité, déclencheurs, évolution et pronostic. Le cas Breivik -désormais historique- est exemplaire: deux expertises psychiatriques contradictoires ont abouti à deux conclusions opposées tout en utilisant le même univers classificatoire. Cette affaire est révélatrice des limites d'une psychiatrie basée uniquement sur le couple CIM-DSM lorsqu'elle rencontre des phénomènes idéologiques, historiques ou existentiels.
    Une réflexion philosophique est nécessaire. La véritable divergence ne serait pas seulement méthodologique mais ontologique: qu'est-ce qu'une maladie mentale? Un agrégat de traits observables ou une altération structurée de l'existence? Le DSM privilégie une approche phénoménale et distributive alors que la psychiatrie classique maintiendrait une conception structurale et diachronique du psychisme. La notion de "pesanteur du symptôme" apparaît ici comme centrale: le symptôme n'est pas seulement un réel observable, il appartient aussi à une continuité narrative.
    On peut légitimement s'inquiéter des conséquences pédagogiques d'une formation exclusivement fondée sur les classifications modernes. Le risque existe de former des techniciens du diagnostic plutôt que des cliniciens capables d'interprétation psychopathologique. Le risque est "une médecine aux pieds nus".
    La conclusion consiste à défendre donc une psychiatrie globale, classificatrice et réflexive. Préservons les gains du DSM sans abandonner l'héritage clinique européen ni la compréhension du sujet.
   
      

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Des adresses utiles aux psychiatres

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    Ludwig FINELTAIN
       Neuro-Psychiatre Psychanalyste (Psychiatrist and Psychoanalyst)
       PARIS (FRANCE)