Bulletin de psychiatrie
Numero 9
Article 1
(semestrielle ou annuelle)
1er juin 2000 (20 mises à jour ultérieures dont la dernière est celle du 29.06.03)
Dr Ludwig Fineltain
Neuropsychiatre
Psychanalyste
Paris

E-mail: fineltainl@yahoo.fr
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PSYCHIATRIE ET PHILOSOPHIE
Dr Ludwig Fineltain
Ec.Fr. 18ème: St Paul aux Ephesiens Ec.Flam. 17ème: Le Festin des Dieux
"St-Paul aux Ephésiens"
Ecole Française 18e Coll. privée
"Le Festin des Dieux" Noces Thétis et Pélée
Frans Francken ou Hendrick van Balen (1575-1632) Col.priv.

PSYCHIATRIE ET PHILOSOPHIE

Maquette d'un séminaire destiné aux spécialistes de la psychopathologie


   MAQUETTE DU SEMINAIRE
   "PSYCHIATRIE ET PHILOSOPHIE"

Poursuite du séminaire jusqu'en fin 2003. Clôture du forum expérimental sur le net


   Cette maquette expose les principales questions qui seront envisagées au cours du séminaire intitulé "Psychiatrie et Philosophie".
   La maquette est présentée sur internet, dans le site intitulé "Bulletin de Psychiatrie", dans son numéro 9.
   En voici les adresses précises sur internet:
   "Bulletin de Psychiatrie".
   - La page d'accueil: www.bulletindepsychiatrie.com
   - La page "Psychiatrie et philosophie":
   http://www.bulletindepsychiatrie.com/philopsy.htm
   
   La maquette évolue. Elle est remaniée au fur et à mesure. La version actuelle est celle du 17.01.2001.
   
   Le séminaire est consacré aux rapports difficiles qu'entretiennent entre elles la psychiatrie, la psychanalyse et la philosophie. Il sera réservé aux spécialistes ayant acquis une expérience substantielle dans les diverses disciplines qui composent la psychiatrie à savoir la nosologie, la pharmacologie, les psychothérapies et la psychanalyse, non pas en qualité d'impétrants mais de praticiens expérimentés.
   Des étudiants débutant en psychiatrie, ayant trop peu d'expérience clinique, seraient absolument déroutés par la dimension dubitative et dialectique de la réflexion philosophique.
   
   Il sera organisé de la façon suivante:
   - Un exposé du Dr Ludwig Fineltain d'une durée d'un quart d'heure à une demie heure. L'entrée en matière du séminaire proprement dit consistera en une présentation volontairement succincte de la problématique prévue au programme.
   - Deux de nos collègues sont convenus de lancer les premières questions.
   - Les participants enchaîneront, à la faveur d'un exposé complémentaire de 15 minutes, dans les thématiques qu'ils aiment, qu'ils connaissent et qu'ils ont approfondies.
   - Puis ensuite se développeront de libres échanges entre les participants.
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   1. PROLEGOMENES
   
   1.1 Pourquoi le souci philosophique chez le psychiatre?
    Je ne suis pas un philosophe de profession mais seulement un médecin, un neuropsychiatre et un psychanalyste, c'est-à-dire un clinicien. Ceci représente déjà une lourde tâche pour un seul homme. Aussi bien ne puis-je parler commodément que des rapports spécifiques entre la philosophie et la psychiatrie.
   Pourquoi le souci philosophique chez le psychiatre? Quels en seraient les bénéfices éventuels? Comment d'ores et déjà examiner les conséquences d'une réflexion philosophique sur nos pratiques psychiatriques?
   a) La réflexion philosophique représente une aide indispensable pour comprendre et préciser les principaux concepts de la psychiatrie.
   b) Un garde-fou. Nous devons réfléchir aux limites de la psychiatrie. Les dérives et limites de la psychiatrie justifient l'élaboration de conduites de précaution qui sont familières au philosophe.
   c) La nécessité d'une réflexion critique. Le questionnement philosophique promeut une réflexion critique salutaire à l'encontre des doctrines psychiatriques figées.
   d) La démarche heuristique: la réflexion philosophique favorisera de nouvelles voies de recherche en psychiatrie et dans la psychanalyse.
   
   1.2 Cheminement
   Peut-être faudrait-il en manière d'exergue dire l'origine et le cheminement de notre pensée. J'ai été influencé, jeune lycéen au Lycée Voltaire à Paris par l'idéologie néo-hégelienne et marxiste. Les thèmes qui m'ont nourri à cette époque étaient tour à tour primaires et dogmatiques, notamment l'enseignement de Henri Lefebvre ("Problèmes actuels du marxisme" PUF 1958) et de Roger Garaudy, première manière, avant qu'un drame personnel ne le fasse sombrer dans l'idéologie rouge brun, et, d'autres fois plus subtils comme sont les textes et les conférences d'Althusser, de Goldman ou de Kostas Axelos.
   J'ai mesuré l'immaturité, la faiblesse et la médiocrité de la pensée marxiste durant les années 1967. Je suis passé avec armes et bagages du coté de Hegel, de Husserl et de Paul Ricoeur. J'ai été attentif aux sirènes d'Hannah Arendt. J'y suis maintenant encore très attentif mais cette pensée n'est pas vraiment une philosophie de la surprise. Arendt habite une pensée philosophique quasiment théologique. Elle est plus volontiers un penseur de l'éthique que d'une philosophie des figures de l'esprit. Je suis pourtant, encore à l'heure actuelle, préoccupé par un concept élaboré par Arendt, le "souci du monde", si riche de signification pour penser l'éthique et le politique. Mais on ne trouvera pas chez cet auteur des ressources spéculatives utiles aux psychiatres.
   
   1.3 L'influence phénoménologique
   De 1968 à 1971 je suivrai le séminaire de Paul Ricoeur. Je nourrissais à l'époque un projet de thèse qui devait justement s'intituler "Psychiatrie et Philosophie". Je consacrais à la même époque beaucoup de temps à la clinique. Aussi le travail philosophique traîna-t-il en longueur. Je n'eus pas le temps de le terminer.
   A la même époque, Henri Ey, que le monde médical surnommait affectueusement "le Pape de la Psychiatrie", m'accorda la possibilité de diriger, au Cercle d'Etudes Psychiatriques à Sainte Anne, un séminaire intitulé "Psychiatrie et Philosophie". Je me souviens d'y avoir reçu de remarquables participants comme le Dr Martineau, psychiatre, Mr Martineau, philosophe, deux ethno-psychanalystes et quelques jeunes psychiatres.
   J'ai compris à cette époque que le souci philosophique en psychiatrie requiert quelques années d'expérience clinique. Il n'est pas nécessaire de surcharger d'un poids excessif le début des apprentissages psychiatriques. Aussi bien doit-on proposer pareil séminaire aux seuls psychiatres confirmés.
   
   1.4 Les sociétés philosophiques
   Le souci philosophique parmi les psychiatres est représenté par un tout petit nombre de sociétés.
   L'Association Karl R. Popper réunit les Drs J. Birenbaum (Paris), C. Blanc et A. Sureau (Paris). Y interviennent souvent les Drs Palem, Lanteri-Laura, Kress, Wegener, Allilaire, Grignon (Montréal), Blanc, Birenbaum, F. Belzeaux, J.C. Benoit, D. Widlöcher et Sureau. Cette société examine les nouvelles frontières dans les théories de l'esprit. Ainsi leurs plus récents ateliers s'intitulaient "Les nouvelles frontières du savoir et les nouvelles cartes du psychisme et de l'unité esprit-cerveau selon les données modernes des neurosciences et des recherches psychopathologiques contemporaines". (Réf.: 6° Salon International Psychiatrie et Système Nerveux Central, Synapse, Cité des Sciences à La Villette, 11 décembre 1998; les mêmes thèmes seront débattus aux 7ème salon en 1999 et enfin au 8ème salon en novembre 2000 à la Cité des Sciences). Au cours de ce dernier salon l'Association reprend et approfondit une discussion sur Karl Popper, le maître de la "Logique de la découverte scientifique".
   Le Dr Lantéri-Laura dispense depuis longtemps auprès de ses élèves un enseignement centré sur les rapports entre phénoménologie et psychiatrie.
   Le Dr Charbonneau et le Pr Quentin Debray poursuivent à l'Hôpital Laënnec-Necker, depuis quelques années, des conférences consacrées aux rapports entre la phénoménologie et la psychiatrie. J'ai entendu, sous l'égide de ce "Groupe de phénoménologie", de précieux exposés sur Binswanger et la Daseinsanalyse au 8° Salon International Psychiatrie et Système Nerveux Central, à la Cité des Sciences à La Villette, en décembre 2000. Le Groupe de phénoménologie de Laënnec-Necker, séminaire dirigé par G. Charbonneau, sous la présidence des professeurs Q. Debray et B. Granger, propose: "Approches anthropologiques et philosophiques des personnalités pathologiques. Nous continuons à explorer les expériences de monde qui y sont corrélés, en s'écartant pour cette seconde année de la stricte nosographie. Il s'agit aussi de penser "le bas", là où échoue la mise en forme et en valeur du monde. Le bas est plus difficile à penser que le "haut", objet de tous les beaux discours. Je suggère des thèmes: nihilisme, ressentiment, cynisme, hyperréalisme morbide, et rationalisme morbide, paresse (acédie), ennui et aussi (déjà programmé) nostrité psychopathique, la connivence perverse, l'histrionisme, le haut et le bas".
   Mr Pierre-Henri Castel publie d'excellents articles sur les rapports entre phénoménologie et psychanalyse, sujet qui bien entendu nous préoccupe, dans son site internet et à la faveur de séminaires qu'il anime en particulier à l'Hôpital Sainte-Anne.
   Des universitaires, à Lyon, dispensent un enseignement à propos des rapports entre la médecine, la philosophie et l'éthique. Leurs débats concernent des sujets comme la procréatique, les brevets de génomes etc. qui sont assez éloignés des soucis du psychiatre.
   
   1.5 Des lectures préalables.
   Comme ce séminaire est destiné à des psychiatres praticiens les lectures préalables ne s'imposent pas absolument: on pourra se contenter de la lecture de ce texte. Chacun des participants bien entendu possède son système de valeur et ses lectures favorites mais sans doute sera-t-il commode d'avoir pris connaissance de la bibliographie conseillée par le conférencier. J'ai cependant conçu ce séminaire, je le répète, pour des confrères psychiatres très occupés par leur clientèle en ville ou par leurs travaux dans les institutions. Il n'est donc pas requis mais seulement conseillé de lire les écrits philosophiques spécialisés. Vous trouverez une bibliographie détaillée ci-dessous. J'en extrairais les documents suivants:
   Edmund HUSSERL Recherches Logiques Tome second (Ideen) & Recherches pour la phénoménologie et la théorie de la connaissance, PUF trad. Hubert Elie, 1962 (voir pages: 162sq. & 171sq.: "Conscience comme vécu intentionnel etc.") & Leçons pour une Phénoménologie de la conscience intime du temps, PUF trad. Henri Dussort, 1964 (Voir pages: 152sq. & 159sq.).
   Paul Ricoeur, "De l'interprétation Essai sur Freud", Le Seuil, 1965 & "Le conflit des Interprétations Essai d'herméneutique", Le Seuil 1969 & "A l'Ecole de la Phénoménologie", Vrin, 1986,
   Erwin W.Straus, dans "Psychiatry and Philosophy" d'Erwin W.Straus, Edition Verlag 1969 (on y trouve un article d'E.W.Straus qui traite des rapports entre la science et la philosophie).
   
   2.1 CONSIDERATIONS GENERALES SUR LA PHENOMENOLOGIE
   Husserl n'est pas toute la phénoménologie mais il en est le coeur ou le pivot. La phénoménologie première est présente chez beaucoup d'autres philosophes.
   Le phénomène ou bien l'inspection ample de toutes les variétés de l'expérience humaine ont été le souci de Leibnitz et de Kant mais aussi de Hegel.
   La phénoménologie de Hegel est bien particulière. Paul Ricoeur exprime cela fort bien: "Il existe dans la philosophie de Hegel le souci du tragique qui tient à la fécondité du négatif et du logique qui exprime la liaison nécessaire des figures de l'Esprit dans un même développement".
   Nous pouvons exposer un exemple du mode de réflexion hégélien, en particulier dans le domaine de la psychopathologie (Se référer à Hegel "Propédeutique philosophique", traduction Maurice de Gandillac, Poche Gonthier: cet ouvrage est une sorte de condensé de la pensée du philosophe, destiné aux grands commençants). Il est assurément plus facile d'être hégelien que d'être husserlien! Je vous rappelle ici un mode de réflexion hégelien familier, à propos de la conscience de soi: "Le concept de conscience de soi, comme d'un sujet qui soit en même temps objectif, entraîne le rapport suivant: il y a pour la conscience de soi une autre conscience de soi". Voici un autre exemple, pour définir le concept d'être, de néant et de devenir: "L'être est la simple immédiateté, dépourvue de contenu, qui a son contraire dans le pur néant, l'union des deux étant le devenir: en tant que passage du néant à l'être, surgissement, en tant que passage de l'être au néant, disparition". Je vous ai donné ces deux exemples pour montrer qu'il y a dans l'hégelianisme mais aussi dans le marxisme un mode de pensée presque mathématique. Or ce n'est pas du tout le même cas de figure dans la phénoménologie.
   
   2.2 La phénoménologie et Edmund HUSSERL
   L'idée d'une philosophie totalisante n'est pas le souci central de Husserl. Ce philosophe déteste essentiellement le "cela va de soi". Comme j'aime cette position inquiète et méticuleuse du savoir j'adhère donc à ce mouvement de l'esprit.
   Dans la phénoménologie, l'essentiel de la pensée est la réduction phénoménologique qui indique un certain scepticisme à l'égard des présupposés classificatoires et l'intention ou l'intentionnalité qui donne une indication des rapports entre l'esprit et son monde.
   Voici comment un bon lecteur de Husserl, le philosophe français Paul Ricoeur, définit la phénoménologie:
   - L'intentionnalité: "Toute conscience est conscience de ... en ce sens que la conscience n'est pas un flux de vécus mais un cogitatio tourné ou tendu vers un cogitandum distinct du cogitatio" (dans "A l'Ecole de la Phénoménologie" Vrin 1986, "Kant et Husserl", p.229, conférence prononcée à Strasbourg 1954-1955).
   A partir de cette réflexion nous pouvons deviner comment chez un philosophe puis chez un psychiatre s'opère le cheminement vers la psychopathologie et comment on peut exploiter les ressources de l'analyse intentionnelle comme la tentative en a été faite dans la Daseinsanalyse.
   - La réduction transcendantale. L'acte de réduction découvre la relativité de ce qui apparaît à la conscience opérante: cette relativité décrit très exactement la phénoménologie. "La réduction phénoménologique est le résultat d'une attitude sceptique. C'est la distinction, la scission, dans l'objet même, entre son en soi prétendu c'est-à-dire la prétendue chose en soi et son apparaître pur".
   
   Essayons de préciser encore une fois de résumer les deux notions fondamentales de la phénoménologie husserlienne si importantes pour le psychiatre:
   - Qu'est-ce que la réduction transcendantale? C'est le sens comme donné. Fabriquer des abstractions nous mène à dénaturer le sens du sens. Nous avons besoin d'actualiser ce concept à tous les instants de la démarche psychiatrique.
   - Qu'est-ce que l'intentionnalité? Etre conscient c'est toujours être conscient de quelque chose. L'intentionnalité est une donation de sens, c'est l'acte de prêter un sens.
   Il y a certes plusieurs Husserl. Mais la leçon du philosophe tourne autour de ces deux concepts si riches pour une psychiatrie inquiète du sens des choses de la vie psychique.
   
   2.3 Diversité des lectures de Husserl
   Voici comment un autre bon lecteur de Husserl et de Lévinas commente la phénoménologie husserlienne: "La phénoménologie représente la forme la plus avancée de la quête occidentale du savoir. Il existe un lien inextricable entre connaissance et existence. Quand je dis "en découvrant l'existence" je prononce une phrase très ambiguë. Disons que ce mouvement de découverte se fait dans les deux sens. Activité et passivité s'unissent et se confondent.
   Qu'est-ce que la notion husserlienne d'intentionnalité? La section 6 d'Ideen nous dit que l'intentionnalité est plus qu'une intuition mais c'est en fait une donation de sens. La conscience est intentionnalité. Etre conscient c'est toujours être conscient de quelque chose. C'est l'acte de prêter un sens. L'objet intentionnel est l'objet en tant qu'il est doté d'un sens. Donner du sens c'est identifier. Penser c'est identifier.
   
   2.4 Figures de la phénoménologie
   Les figures de proue de la phénoménologie sont Hegel, Husserl, Heidegger et plus près de nous Paul Ricoeur.
   Comme Husserl est au coeur de la phénoménologie il me paraît important de citer ses livres majeurs:
   Husserl, Recherches Logiques Tome second (Ideen) Recherches pour la phénoménologie et la théorie de la connaissance, PUF trad. Hubert Elie, 1962 voir pages: 162-171: La conscience comme vécu intentionnel etc.
   Edmund Husserl, Leçons pour une Phénoménologie de la conscience intime du temps, PUF trad. Henri Dussort, 1964. Voir pages:152-159.
   Quant à Paul Ricoeur, qui est en France le grand intercesseur de la phénoménologie, ses livres les plus importants pour nous autres psychiatres sont les suivants:
   Paul Ricoeur: "De l'Interprétation Essai sur Freud", Le Seuil, 1965, "Le conflit des Interprétations. Essai d'Herméneutique Le Seuil 1969.
   Paul Ricoeur: "A l'Ecole de la Phénoménologie", Vrin, 1986,
   Le numéro spécial de la revue Esprit, 7-8 juillet-août 1988, consacré à Ricoeur.
   
   3.1 Applications de la phénoménologie à la pratique psychiatrique
   La réflexion philosophique intéressante pour le psychiatre au 20ème et au 21ème siècle concerne
   - d'une part la question de la psychiatrie des psychotiques et la phénoménologie
   * - la question de la psychothérapie phénoménologique ou existentielle que Jaspers et Binswanger ont bien commentée. Nous tâcherons d'approfondir les commentaires de Binswanger sur la "Daseinsanalyse" ou analyse existentielle. Comme la Daseinanalyse est devenue depuis longtemps une application pratique, clinique et thérapeutique, désormais détachée du cheminement philosophique, nous devons faire appel à un spécialiste pour éclairer le débat. Nous pourrions à ce sujet solliciter un spécialiste de cette question comme par exemple le Dr Charbonneau.
   * - et surtout les réflexions de Paul Ricoeur sur la psychanalyse que je trouve bonnes puisque je les reprends en entier avec un enthousiasme non déguisé. Ricoeur expose la problématique de la téléologie à propos de la psychanalyse en insistant sur les rapports tendus entre archéologie et téléologie.
   
   4 Les psychanalystes et la philosophie
   4.1 Faut-il psychanalyser la philosophie?
   Le sujet est développé en particulier dans le numéro spécial de la revue "Le Portique", Revue de philosophie et de sciences humaines, numéro spécial consacré à "Freud et la Philosophie", numéro 2, 2ème semestre 1998
   Freud citait volontiers Heine: "Avec ses bonnets de nuit et les loques de sa robe de chambre le philosophe bouche les trous de l'édifice du monde". Que penser de ces assertions péremptoires? On voit ce que peut dire le psychanalyste au philosophe à propos d'un mécanisme de défense du moi - comme par exemple l'invocation des mécanismes de défense spécifiques du Moi que sont la généralisation ou la sublimation -. Mais d'un autre côté ceci constitue un aveu, une signature et une révélation crue de l'insuffisance de la réflexion scientifique et philosophique de la plupart des psychanalystes contemporains. L'insuffisance de la réflexion philosophique et épistémologique dans les sciences humaines est génératrice de fatuité. Nous sommes d'ailleurs menacés dans le monde psychiatrique par une atmosphère pseudo-scientifique pleine de fatuité.
   Les psychanalystes contemporains persistent à considérer la philosophie comme une problématique interprétable. Lacan, qui était pourtant un bon connaisseur de la pensée de Husserl et de Heidegger, aimait à dire: "La métaphysique c'est l'hystérie". Le même auteur se plaît à paraphraser Freud. Dans sa critique de Heidegger, Lacan insiste: "La métaphysique bouche le trou du politique". Voici donc un analyste réputé qui nourrit un vif contentieux avec des penseurs qui lui ont tant apporté!
   Il existe en psychanalyse une propension détestable à englober l'ensemble des savoirs et à les rapporter à elle-même avec une étonnante présomption. C'est ainsi, grâce à ce critère particulier, que nous pouvons aujourd'hui distinguer les analystes sérieux des dilettantes.
   
   4.2 Marxisme et psychanalyse
   Freud ne s'intéressait pas beaucoup au marxisme. Enfin à propos de la dialectique marxiste Freud n'était pas loin de penser que c'était du pur non-sens. Pourquoi? Selon Paul Laurent Assoun, Freud n'admettait pas le rôle d'une "anankê" sociale. Je rappelle que le grec classique à propos des figures du destin distingue la moïra de l'anankê qui, ce dernier, implique un destin nécessaire, contraignant et impérieux.
    La théorie marxiste de nos jours a bien entendu beaucoup perdu de sa prestance d'antan. Celle-ci pourtant à l'époque de Freud possédait une certaine pertinence. Mais enfin je ne serais pas loin de dénoter chez Freud une véritable cécité au regard des problèmes idéologiques (Voir Paul-Laurent Assoun "Freud, la philosophie et les philosophes", PUF 1995).

    5 PSYCHIATRIE ET PHILOSOPHIE: UN MARIAGE DE RAISON
    On trouvera quelques articles de spécialistes fins connaisseurs de Henri Ey, les Drs Blanc et Palem, notamment dans le site psychiatrique internet de la FFP dénommé Psydoc-france.
   5.1 L'organo-dynamisme de Henri Ey
    Pour comprendre l'oeuvre de Henri Ey on commencera par l'excellente introduction que constitue le travail de Straus. Dans "Psychiatry and Philosophy" d'Erwin W.Straus Edition Verlag 1969 on trouve un article d'E.W.Straus qui étudie les rapports entre la psychiatrie, la science et la philosophie. L'auteur émet trois réflexions en forme de questions:
   - Que dit la philosophie de la science?
   - Que dit le philosophe de la psychiatrie?
   - La philosophie est la seule discipline qui réunisse en son sein la réflexion philosophique et les questions qu'on pose au philosophe. Questionner la philosophie c'est philosopher. Et, sans doute, philosopher c'est questionner. Voici comme l'ouvrage d'Erwin Straus formule une série de questions essentielles:
   - Qu'est-ce qui permet à l'homme, infime partie de l'univers, d'observer, de décrire, de mesurer et finalement de dominer ce vaste monde avec quoi il fait corps.
   - Ainsi par exemple le neurophysiologiste peut-il à bon droit se poser la question du statut scientifique des deux cerveaux: le cerveau observé et le cerveau observant.
    Ce travail remarquable, dirigé par Straus a également réuni des textes de Natanson et surtout de Henri Ey, bien entendu consacré à l'organo-dynamisme. Tous y reconnaissent l'importance de Binswanger promoteur de la Daseinsanalyse et de Roland Kuhn mais surtout des théories de la conscience de Husserl et de Heidegger. Le projet initial de l'ouvrage de E.W. Straus, en 1967, prévoyait un texte de Roland Kuhn intitulé "Daseinsanalyse". Les difficultés de la traduction furent insurmontables. Aussi le texte de cet auteur n'a-t-il pu paraître ni en anglais ni en français. Le destin de la Daseinsanalyse est ainsi défini. Il réside tout entier dans cette difficulté. C'est une pensée difficile parce qu'elle est riche de présupposés phénoménologiques. Elle est peu utilisée en psychiatrie alors qu'en contrepartie elle est invoquée par tous. Cette théorie, celle de la Daseinsanalyse, apparaît donc en creux, en filigrane et en abîme dans le paysage psychiatrique en particulier depuis les textes de Karl Jaspers, de Ludwig Binswanger et d'Eugène Minkowski, c'est-à-dire finalement depuis les années 1934-1940.
   Minkowski décrit ainsi un cas clinique, cité dans Binswanger, "Discours, parcours et Freud". Un homme, une gare, des adieux déchirants: la femme aimée s'éloigne dans le train. Il court après le train, puis reste immobile, suit du regard la main qui s'agite et en pensée l'être aimé qui s'éloigne. En quittant la gare il heurte un passant et s'excuse en disant "Excusez-moi j'étais à mille lieues d'ici". Et Minkowski de parler d'espace primitif, de spatialisation. En termes analytico-existentiels il s'agit d'un mouvement dans un seul et même espace, l'espace primitif, un seul et même mode fondamental originel du "projeter" et de l'éclore-au-monde, de la transcendance donc une certaine forme de spatialisation.
   Freud écrivit à Binswanger qu'ils ne pouvaient probablement pas établir de dialogue et "il se passera des siècles avant que notre querelle soit close". Admirable dialogue comme il n'en existe plus guère de nos jours! Mais nous pouvons d'ores et déjà accepter l'idée que le siècle est passé et qu'un dialogue entre les formes de pensées est désormais possible.
   
   5.2 La psychiatrie et la science.
   Les travaux du Cercle de Vienne ont ranimé le classique débat sur l'épistémologie scientifique et répondent à la question: comment l'esprit scientifique vient aux psychiatres
   Nous distinguerons les rapports entre la psychiatrie, la psychanalyse et le Cercle de Vienne d'une part et avec Karl Popper d'autre part.
   Ce sont les thèses de Popper qui nous intéressent le plus. Karl Popper s'est toujours maintenu en marge, à la périphérie de ce cercle de pensée. Et pourtant on ne peut pas aisément dissocier les propositions de Popper de tout un travail effectué par le Cercle de Vienne qui réunissait en son sein la fine fleur des philosophes de la "Mittel Europa" (entre 1920 et 1935). Les plus connus d'entre eux furent Wittgenstein, Neurath et Carnap.
   
   5.3 Les critères de la science.
   La question des critères de la science soulevée par Karl Popper ainsi que par l'ensemble des néo-positivistes du Cercle de Vienne. Ceux-ci élaborent entre autres une philosophie du langage qui va par la suite dominer les travaux des pays anglo-saxons. Ces questions continuent de jouer un grand rôle dans le débat qui oppose d'une part les sciences dites dures et d'autre part les sciences humaines dont la psychanalyse. Popper a émis des critiques très sévères à l'endroit de la psychanalyse. Il faut revoir, et c'est une tache assez urgente, la question des critères de scientificité de la psychanalyse à travers les critères de Popper, en particulier la "falsifiabilité".
   * Dans ce domaine, en psychanalyse, seul Widlöcher affronte loyalement le problème de la scientificité à la lumière du travail de Popper.
   * Ce travail sera complété par mes propres notes sur Karl Popper dans un texte de juin 1989 (voir conférence devant l'Académie des Sciences Sexologiques, à Montmorency le 25 juin 1989: "Rhétorique et pragmatique en sexologie" à la faveur du colloque "Idéologie et Sexologie") et l'Editorial intitulé: "Idéologie et Sexologie" dans Cahiers de Sexologie Clinique. Vol.15 N°93 1989.
   
   5.4 Karl Popper
   Jean Baudouin nous a donné un bon résumé de l'oeuvre de Karl Popper dans son ouvrage paru en 1989 (Karl Popper QSJ p.30)
   En voici quelques extraits:
      Les prédicats du Cercle de Vienne et ceux de Popper.
   La position épistémologique de Karl Popper coïncide avec les prédicats logiques du Cercle de Vienne. L'empirisme était devenu la tendance lourde de la philosophie viennoise. A partir des années 1920, l'aventure du Cercle de Vienne, les oeuvres majeures de M. Schlick, d'O. Neurath, de R. Carnap et de Ludwig Wittgenstein, marqueront la greffe réussie d'une tradition qui de David Hume à Bertrand Russel imprégnait très intensément jusqu'alors la seule philosophie anglo-saxonne. Aussi, lorsque Popper formule ses premières positions épistémologiques, il ne pouvait que rencontrer sur son chemin les prédicats centraux de l'empirisme logique
      Les sciences empiriques, tout d'abord, ne sauraient admettre d'énoncés qui ne s'appuieraient pas sur des observations. De tels énoncés, qui ne reposent pas sur des observations, sont tout simplement "dépourvus de sens".
      La méthode légitime des sciences empiriques est la méthode inductive; grâce à elle, l'esprit humain organise les informations qu'il recueille à partir de l'observation et qui s'emmagasinent passivement dans ses sens et ses perceptions.
      Seule l'observation de répétitions ou de fréquences dans la nature permet à l'homme de science d'inférer l'existence de rapports constants formalisables à l'intérieur d'assertions générales ("instruction par répétition").
      Enfin, l'accumulation indéfinie d'observations et d'expérimentations permet de "vérifier" progressivement la justesse ou la fausseté des premières hypothèses ("principe de vérification").
   Les théoriciens du Cercle de Vienne pensaient ainsi détenir le "critère de démarcation" permettant de distinguer parmi la totalité des énoncés le bon grain de l'ivraie: un énoncé pourvu de sens était un énoncé capable de passer avec succès l'épreuve de la vérification, ou encore, "la signification d'un énoncé est la méthode de sa vérification". "La Logique de la découverte scientifique", édité en 1935, est une réplique directe aux thèses du Cercle de Vienne. Karl Popper entend faire partager à ses lecteurs une conviction qui ne le quittera plus: l'inductivisme tant dans sa version maximaliste (accès "certain" à la vérité) que dans sa version modérée (accès "probable" à la vérité) est un mythe qui contamine malencontreusement les sciences de la nature et qui doit être impitoyablement pourchassé.
   Tout d'abord, il reconnaît à David Hume l'insigne mérite d'avoir démontré que la méthode inductive se privait elle-même de fondement logique. Il n'est pas possible, en effet, d'extrapoler à partir d'une série finie d'observations particulières un principe de portée universelle généralisable, ensuite, à des observations qui n'ont pas encore été réalisées. Popper actualise et radicalise le raisonnement de David Hume qui se ralliait néanmoins, à l'inductivisme pour des raisons d'ordre pratique et psychologique. Une multitude d'énoncés singuliers ne permet jamais d'inférer un énoncé général. En revanche, il suffit d'un seul énoncé singulier dissident pour détruire un énoncé général préexistant. "Peu importe le grand nombre de cygnes blancs que nous puissions avoir observé, il ne justifie pas la conclusion que tous les cygnes sont blancs".
   Ensuite, renversant l'ordre d'enchaînement établi par les partisans de l'empirisme logique, Popper proclame la prééminence absolue de la théorie sur l'observation: "A aucune étape du développement scientifique, écrit-il, nous ne commençons par quelque chose qui ne ressemble à une théorie, une hypothèse, une opinion préconçue ou un problème qui en quelque façon guide nos observations et qui nous aide à choisir parmi les innombrables sujets d'observation ceux qui peuvent être intéressants".
   
   6 Quelques questions diverses demeurent en attente de développements ultérieurs: - En particulier la doctrine sensualiste de Condillac si importante pour la psychiatrie contemporaine et son renouvellement par la philosophie analytique - Morale - Syncrétisme
   
   6.1 La philosophie analytique du langage
   On a baptisé philosophie analytique ce mouvement de la pensée spéculative qui se concentre essentiellement sur les rapports entre le langage et la pragmatique. Voici un sujet d'étude intéressant: les rapports entre la philosophie analytique, la psychiatrie et la psychanalyse. Wittgenstein, membre éminent du Cercle de Vienne, a beaucoup écrit sur Freud mais celui-ci n'en aura jamais rien su. La philosophie analytique du langage est devenue en somme la tendance majoritaire des philosophes anglo-américains. C'est une pensée qui nous surprend beaucoup en particulier par sa technicité.
   Nous savons bien qu'en psychiatrie et en psychanalyse nous nous servons beaucoup des métaphores. Quand nous parlons du symptôme de "fading mental" nous invoquons la métaphore hydraulique ou électro-magnétique. Il est légitime de s'interroger sur les rapports entre le dire et l'existant. Le symptôme est certes incontestable: mais quel est donc le degré d'existence du mécanisme évoqué par la métaphore descriptive?
   Voici à propos de la philosophie analytique un exemple éclairant fort bien exposé par Alain Pierrot dans son article "La référence des énoncés métaphoriques" dans La Revue Esprit, n°8-9, numéro spécial consacré à Paul Ricoeur: "Il faut que quelque chose soit pour que quelque chose soit dit". Et Ricoeur de commenter ainsi: "La pensée ou la méditation de l'être est donc une réflexion sur le langage. Qu'est-ce que la philosophie du langage sinon la philosophie elle-même en tant qu'elle pense le rapport de l'être et de l'être-dit".
   (C'est un mode de réflexion "à la Ludwig Wittgenstein". En marge de nos travaux - l'humour a des droits - j'ai toujours été attentif au prénom de ce célèbre philosophe).
   
   6.2 Idéologie, morale et praxis
   Les rapports entre la morale et la praxis en psychiatrie et dans les psychothérapies.
   - Nous nous poserons la question suivante: pourquoi les idéologies fortes font-elles bon ménage avec la psychiatrie et très mauvais ménage avec la psychanalyse? Trois exemples à cet égard viennent à l'esprit: le destin malheureux des psychanalystes allemands et autrichiens, le rôle de Jung, le rôle du frère de Goering à la tête de l'Institut de psychanalyse de Berlin, l'abolition de la psychanalyse science bourgeoise en URSS et enfin le sort malheureux des psychanalystes argentins et chiliens à la faveur des récentes dictatures. Ajoutons à tout cela pour faire bon poids la détestation des milieux français d'extrême droite à l'encontre de la psychanalyse (je ne citerai à cet égard, par charité, ni texte ni auteur).
   * Philosophie, idéologie, politique. L'impact du militantisme marxiste en 1920 a suscité trois sortes de débats à l'encontre de la psychanalyse dans les milieux psychiatriques:
   
   6.3 Le syncrétisme
   Le syncrétisme n'est pas une vertu philosophique mais une voie ou un choix pragmatique.
   Examinons les destins croisés de la psychiatrie, de la psychopathologie et de la philosophie. La psychiatrie de demain sera clinique, nosologique, pharmacologique, psychanalytique et philosophique.
   
   6.4 La science est-elle avant tout une langue bien faite?
   La question de la psychiatrie comme science et la théorie de Condillac. Une science est-elle seulement une langue bien faite?
   * Je compte reprendre à ce sujet quelques uns des textes dispersés et surtout ceux que j'avais proposés à la réunion annuelle de l'Académie des Sciences Sexologiques en juin 1989 à Montmorency ("Rhétorique et Pragmatique en Sexologie" publié en 1989 dans Cahiers de Sexologie et dans le Bulletin de Sexologie).
   La question de la langue et de la pertinence des concepts va plus loin que la simple question de la linguistique.
   * Le rôle des définitions en psychiatrie autorise un retour sur Wittgenstein. Nécessité de préciser les rapports entre la philosophie analytique des anglo-saxons et la psychiatrie.
   La question des modèles en psychiatrie invite aussitôt à étudier la notion de structure.
   * Nous partirons en particulier des réflexions de Raymond Boudon dans son livre de 1968 "A quoi sert la notion de structure?".
   Ceci dit je ne connais pas de meilleure définition ni de meilleure introduction au concept de structure que celles proposées 1) Par Piaget: "Il y a structure quand les éléments sont réunis en une totalité présentant certaines propriétés en tant que totalité et quand les propriétés des éléments dépendent, entièrement ou partiellement, de ces caractères de la totalité." 2) Par Lévi-Strauss: la structure est ce qui relie les éléments les uns aux autres dans l'exemple célèbre des structures élémentaires de la parenté. Bref la structure est dans le matériau lui même.
   
   6.5 Théories cognitives et philosophie.
   * Nous demanderons au philosophe Pierre-Henri Castel, à la suite de son excellente suggestion, de développer ce chapitre particulier des rapports entre les théories cognitives et la philosophie.
   
   7 Travaux personnels.
   Les travaux personnels des différents participants au séminaire pourront être exposés.
   Projets du Dr Fineltain. Mots clefs: Téléoanalyse - Bulletin de Psychiatrie - Société de Téléoanalyse
   
   7.1 Psychanalyse et téléologie
   Voici comment je peux résumer ma conception en quelques phrases lapidaires à partir d'un cas clinique: "Quand je psychanalyse les fantasmes de mon patient envahi d'angoisses homosexuelles qui le terrorisent, cas clinique longuement décrit dans le "Bulletin Psychiatrique", édition électronique 94-96 sur internet, à l'URL cité en bibliographie, je suis convaincu que l'archéologie de l'être n'épuise pas le sens de la souffrance, ne parvient pas seule à enclore le destin de l'être souffrant. Il faut aussi tenir ensemble dans la même perception l'histoire des pulsions c'est-à-dire l'archéologie et la téléologie de l'être. Je ne veux pas parler de la finalité qui consisterait à dire: je suis fait pour cela, tel est mon destin. Non! Je veux parler de ce qui apparaît dans l'essence de l'être. Un futur est inscrit en filigrane dans l'être actuel. J'appelle archéologie de l'être ce travail psychanalytique que nous mettons en oeuvre avec nos patients sur divan ou bien en thérapie face à face. La position psychanalytique ne pose plus guère de problèmes à la plupart de nos collègues si l'on excepte certains groupes très décidés convaincus par une explication uniquement biologique, groupes que nous avons bien connus à Sainte-Anne. La technique des cures ne pose pas de problèmes complexes dès lors que nous avons affaire à des patients très simples et très classiques comme les névroses phobiques, les obsessionnels ainsi que les personnalités hystériques, tous ces patients que, conformément à une boutade de mon ami Gibello, nous pourrions nommer, dans un raccourci lapidaire, des "orthodoxes névroses". Mais l'analyste classique est soudain envahi de doutes avec les patients difficiles comme sont les psychoses blanches, les états-limites et certains schizophrènes capables d'aborder les psychothérapies analytiques. Je veux parler en effet de ceux d'entre eux qui sont capables d'assumer le processus psychanalytique. Ceux-ci induisent une réflexion subversive très forte à l'encontre de la méthode psychanalytique traditionnelle. La pensée psychanalytique dans ces situations là est freinée par ses composantes simplificatrices, dogmatiques et donc appauvrissantes au regard de l'épaisseur des êtres et des symptômes. J'appelle téléologie ou téléoanalyse la prise en considération d'un télos, c'est-à-dire d'un devenir de l'être psychique dans la démarche thérapeutique.
   
   7.2 Bulletin de Psychiatrie
   Ce chapitre, très personnel, décrit les présupposés théoriques de mon "Bulletin de Psychiatrie". Je nomme téléoanalyse la technique de cure qui prend en compte l'archê et le télos. La téléoanalyse représente un avenir possible pour les psychothérapies analytiques et la psychanalyse.
   La Société de Téléoanalyse souhaite réunir tous les psychiatres et autres spécialistes de la psychopathologie qui s'assignent pour but un progrès des théories psychiatriques capables de prendre en compte les données contemporaines de la science à savoir la nosologie, la pharmacologie, la psychanalyse et la téléologie. La Société de Téléoanalyse pourra accueillir les psychiatres acceptant l'ensemble des principes que je viens de décrire (elle a une vocation internationale puisque les commentateurs communiquent leurs impressions depuis 1994 sur le site internet du Bulletin de Psychiatrie).
   


   BIBLIOGRAPHIE CONSEILLEE

   Edmund HUSSERL =     = "Recherches Logiques" Tome second (Ideen) Recherches pour la phénoménologie et la théorie de la connaissance, PUF trad. Hubert Elie, 1962 voir pages: 162-171 "Conscience comme vécu intentionnel etc."
   Edmund HUSSERL =     = "Leçons pour une Phénoménologie de la conscience intime du temps", PUF trad. Henri Dussort, 1964. Voir pages:152 159
   Paul Ricoeur, =     = "De l'interprétation Essai sur Freud", Le Seuil, 1965
   Paul Ricoeur, =     = "Le conflit des Interprétations Essai d'herméneutique", Le Seuil 69
   Paul Ricoeur, =     = "A l'Ecole de la Phénoménologie", Vrin, 1986,
   Jean Baudouin =     = "Karl Popper" QSJ PUF Paris 1989
   Boudon Raymond =     = "A quoi sert la notion de structure", Gallimard 1968.
   Erwin W. Straus, =     = "Psychiatry and Philosophy", Edition Verlag 1969,
   La revue Esprit =     = Numéro spécial consacré à Ricoeur, 7-8 juillet-août 1988
   Le Portique =     = Revue de philosophie et de sciences humaines, Freud et la Philosophie, n°2 2è sem. 1998
   Bulletin de Psychiatrie =     = URL http://www.bulletindepsychiatrie.com/ Deux articles mentionnant le concept de téléoanalyse
   Mr Pierre-Henri Castel =     = Site http://pierrehenri.castel.free.fr site remarquable consacré à la psychopathologie et à la philosophie
   Charbonneau =     = http://psydoc-fr.broca.inserm.fr/recherche/PLR/dosPLR/DossiersPLR.html Phénoménologie et Psychiatrie
   Claude-Jacques Blanc =     = "Psychiatrie et pensée philosophique: intercritique et quête sans fin", Paris; Montréal: l'Harmattan, 1998 (Psychanalyse et civilisations. Trouvailles et retrouvailles)
   Paul-Laurent Assoun =     = "Freud, la philosophie et les philosophes", PUF 1976 1995
   Yves Schwartz =     = "Philosophie et Ergologie", Bulletin de la Société Française de Philosophie, 94ème année n°2, avril-juin 2000, séance du 22 janvier 2000, Vrin
   Les Cahiers de Noésis, =     = "Vocabulaire de la philosophie contemporaine de langue française", Cahier 1 Printemps 1999, Vrin
   Paul Ricoeur, =     = "De l'interprétation Essai sur Freud", Le Seuil, 1965
   Revue Intern. de Philosophie, =     = "Philosophie, Psychiatrie et Antipsychiatrie", 32°, 123, 1978 fasc.1
   Les Cahiers Henri Ey, Cahiers de Psychiatrie N°2 Décembre 2000: "Le Déchiffrement de l'Inconscient" de H.Ey (conférence italienne de février 1965 in Revista sperimentale de Frenatria)
   Les Cahiers Henri Ey, Cahiers de Psychiatrie N°5 Octobre 2001: "Symposium sur la Conscience" du 26-30 juin 2000. Le numéro de la revue elle-même est intitulé "La Conscience(I)" avec des textes très denses Boucaud, Colombel, Palem, Belzeaux, Prats et aussi de Chazaud, Blanc, Balibar
   Philippe Prats, =     = "Une psychiatrie philosophique - L'organodynamisme comme anthropologie ", L'Harmattan 2001. Ce texte remarquable, riche en aperçus phénoménologiques, m'a été adressé avec une dédicace qui fait chaud au coeur: "A Ludwig Fineltain psychanalyste et philosophe et qui a un si beau site internet" signé de R.M. Palem en accord avec Philippe Prats. Si mon site finalement n'avait eu que ces deux seuls prestigieux lecteurs j'en serais comblé!