Bulletin de psychiatrie
(parution semestrielle ou annuelle)
Bulletin N°25
Edition du 8 février 2018
   Mise à jour en février 2018 version 1802218


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La causerie du Procope

Le terrorisme et la psychiatrie
1er exposé: La psychiatrie et le terrorisme (Dr Ludwig Fineltain)
2ème exposé: Le terrorisme et la psychiatrie (Dr Georges Jules Fineltain)


   

La causerie du Procope du 8 février 2018 a eu un succès inattendu. Je découvrais d'ailleurs pour la première fois Le Procope aux anciennes splendeurs où jadis s'attablaient Voltaire et Diderot entourés de leurs amis les Encyclopédistes. Le Dr Ludwig Fineltain neuro-psychiatre et expert RJDC et le Dr Georges Jules Fineltain, médecine générale et expert près la Cour d'Appel, à la faveur d'un déjeuner-débat, ont parlé l'un de "Psychiatrie et Terrorisme" et l'autre de "Terrorisme et Psychiatrie". L'atmosphère attentive et sympathique des quarante convives a contribué au succès de cet événement.

1er exposé
Dr Ludwig Fineltain
Neuropsychiatre
Psychanalyste
Paris



Psychiatrie, Medias et Terrorisme
Dr Ludwig Fineltain

E-mail: fineltainl@yahoo.fr

   L'intitulé "Psychiatrie et Terrorisme" est plus volontiers "Les psychiatres, les medias et les terroristes". Une journaliste de l'Express m'avait ainsi pressenti: "Nous préparons un dossier sur le sujet suivant: nos services de renseignement sont dépassés par la menace terroriste. Les "dossiers camisoles" ont une prévalence évaluée entre 10 et 20%"
   Quelques questions m'ont été posées: 1*Comment faire la différence entre un radicalisé à la personnalité borderline et un malade mental? 2*Quel mécanisme, quel contexte peuvent pousser à l'acte terroriste un malade mental? 3*Le milieu médical doit-il coopérer avec les services antiterroristes? 4*Rares sont les terroristes jugés fous par les experts psychiatriques. Est-ce étonnant?
   Je découvrais le terme de "dossiers camisoles". Sont-ils 20%? J'évaluerais plus volontiers les cas pathologiques à 5%. On peut examiner des cas au cours d'un examen d'expertise mais aussi tout simplement sur un dossier. Je rappelle à cet égard qu'en France le "secteur psychiatrique" est déliquescent. La communauté des experts psychiatres judiciaires demeure le dernier carré de l'excellence psychiatrique.
   
   Présentation de l'exposé:
   A.- Plan de l'exposé.- 1)Des cas cliniques particuliers - 2)Sociologie du terrorisme - 3)Psychologie des kamikazes - 4)Peut-on prévenir? - 5)Conclusion
   B.-Quelques mots clefs peu familiers vont apparaître au cours de l'exposé: la déréliction, l'acédie, les ordalies, la surdétermination, le DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) et la CIM-10 et enfin deux concepts psychiatriques qu'il faut définir, la sensitivité et l'héboïdophrénie.

Des cas cliniques particuliers


   Certains d'entre vous se demandent sans doute comment nous faisons pour expertiser les morts? L'autopsie psychologique ou l'expertise sur dossier est en usage depuis 1960. Nous disposons des dossiers et bien entendu nous bénéficions parfois de la fuite de quelques expertises antérieures.
   J'ai trouvé 4 cas qui intéressent le psychiatre. Breivik, le djihadiste blanc caucasien, Mohamed Merah, le tueur des soldats métissés et surtout des enfants juifs, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, l'assassin de Nice, et surtout le psychiatre militaire américain Nidal Malik Hasan. Ces 4 individus ont certainement exposé dans leur jeunesse des signes de dangerosité pathologique aux psychiatres qui les ont examinés.
   1).- Chez Anders Breivik, il y a des troubles psychiques faibles ou discutables
   Les services sociaux, durant son enfance, avaient plusieurs fois suggéré une assistance éducative.
   Le plus intéressant et je dirais même le plus passionnant ce sont les expertises parfaitement contradictoires. Elles ont suscité dans toutes les rues de Norvège une sorte de concours national de psychiatrie! Il y a eu deux collèges d'experts. Le 1er collège concluait à une schizophrénie. C'était tout simplement scandaleux. Le 2ème concluait à la responsabilité. Il a rétabli un certain bon sens psychiatrique. Toute cette science psychiatrique norvégienne s'est développée sous l'empire des DSM et de l'ICD-10. Ces classifications ne sont certes pas mauvaises mais elles ne constituent pas un corpus clinique psychiatrique pertinent.
   Il n'est pas fou! Moi, la première expertise m'avait troublé. Si Oslo avait conclu à la folie de Breivik j'aurais déploré qu'un pays aussi avancé que la Norvège adopte une médecine idéologique trahissant ainsi les idéaux de la psychiatrie. Les psychiatres ne doivent pas jouer un rôle de supplétif du pouvoir, de la presse et de l'opinion publique. Ceci par bonheur ne s'est finalement pas produit. Un ami, admirateur de la Norvège, m'a dit qu'il fallait être bienveillant: c'est un grand pays avec une toute petite population. Donc l'élite scientifique s'y forme avec quelque difficulté!
   2).- Voici un cas où l'horreur coexiste avec une certaine normalité psychique. L'affaire Mohamed Merah est d'une exceptionnelle gravité.
   Il existe une petite biographie psychiatrique de Merah. La démission parentale a joué ici à mon avis un grand rôle sous la forme d'un abandonnisme intrafamilial dans la genèse des pulsions suicidaires quand il était en prison en 2008.
   3).- Voici un cas un peu plus psychiatrique. Mohamed Lahouaiej Bouhlel en 2016 a fauché plus de 80 personnes à Nice au volant d'un camion.
   La presse nous l'a décrit comme un parfait psychopathe. Le jeune homme a fait une dépression à 19 ans. Il était incapable en Tunisie de s'intégrer au groupe des étudiants de première année d'études d'ingénieur. Il ne s'aime pas, il ne se trouve pas assez robuste et il fait énormément de musculation. Il lui arrive d'enfermer ses parents à clef dans une pièce. Son père le conduit en 2004 chez un psychiatre de Sousse, le Dr Hamouda Chemceddine. Celui-ci déclare en 2016: "Je lui ai prescrit de l'Haldol qui est un antipsychotique. J'ai eu l'impression en relisant le dossier d'un début de psychose. Même pour un psychotique, pour qu'il y ait un passage à l'acte d'une telle cruauté, c'est qu'il y a eu un endoctrinement quelque part". Il dit encore: "Il n'y avait rien dans son comportement qui laissait présager un tel massacre. De tels troubles non soignés pendant des années peuvent conduire à une schizophrènie. Mais je refuse catégoriquement l'idée qu'il puisse être irresponsable de son acte. Une telle violence nécessite forcément un endoctrinement, un délire de radicalisation en parallèle de ses problèmes psychologiques. Ce n'est pas l'acte d'un fou, c'est un acte prémédité et exécuté. Il y a forcément eu une préparation mentale." Ce qui est dit ici n'est ni vrai ni faux. Mais vous voyez qu'il nous manque ici encore une étude psychiatrique sérieuse: ça ressemble à du gloubi-boulga. Pour ma part j'invoquerais en premier lieu la notion d'une famille islamiste. Il ne s'agit pas d'endoctrinement mais d'éducation.
   4).- Voici un cas exceptionnel qui est en somme psychiatrique au carré. Le psychiatre militaire américain, le major Nidal Malik Hasan, est l'auteur de la tuerie de Fort Hood au Texas en 2009.
   C'est pour moi le cas le plus intéressant. Son entourage dresse le portrait d'un homme doux, doté d'une solide éthique professionnelle. Il apparaît aussi comme un homme fragile, très affecté par les récits des soldats revenus d'Irak ou d'Afghanistan.
   C'est un admirateur d'Anwar al-Awlaki qui est un sectateur d'Al-Qaida. Admiration peu banale! Je veux souligner que cette posture d'affiliation et de dévotion fait problème. Il est bien rare que les psychiatres revendiquent Jésus ou Allah dans leur conduite professionnelle! La foi en Dieu d'ailleurs n'apparaît pas non plus dans les écrits des psychiatres et des psychanalystes. Mais tout se voit. Un collègue à Paris, Psychiatre des Hôpitaux et Chef de service, vouait un culte à un grand roi parce qu'il avait su regarder le soleil en face! Je me souviens d'une autre collègue à Maison-Blanche qui vénérait Staline sans aucune note d'humour. Elle disait par exemple: "Pour comprendre la question nationale juive il suffit de relire Staline"! Bien entendu d'autres médecins cultivent des admirations. Mais alors ce sont des maîtres à penser de haute tenue intellectuelle comme Freud ou Jaspers. Je voue moi-même une certaine admiration argumentée à Henri Ey, à Sigmund Freud, à Jean Piaget et à Paul Ricoeur. Mais enfin ce n'est pas de la dévotion!
   En réalité je pense que chez Hasan les troubles mentaux étaient assez nets pour qu'on eût pu prévoir les passages à l'acte. C'est le seul terroriste pour lequel on peut invoquer des troubles mentaux à définir. Le recueil des symptômes à son propos nous dit: "distant", "paranoïaque", "agressif" ou "schizoïde". On peut hésiter chez ce criminel entre le trouble de la personnalité et un processus psychiatrique structuré. En fait il n'aurait pas dû devenir psychiatre ni même médecin. Il aurait dû être soigné avant ou au cours de ses études. Mais alors quid de la responsabilité? Dans la psychose paranoïaque le délire de persécution envahit l'espace de pensée aux dépens de tout autre moteur de l'action. A ce moment l'acte criminel serait un passage à l'acte psychotique. Ce qui n'est pas le cas chez Hasan.
   L'idéologie et la religion sont chez Hasan des outils plus puissants que le trouble mental. Donc sa responsabilité est entière. Ceci dit dans le droit américain on ne fait pas beaucoup cas de l'atténuation de responsabilité.

Sociologie du terrorisme


   Je me contente de quelques intuitions à cet égard:
   1) J'estime qu'il n'y a pas de guerre des gueux, il n'y a pas de guerre des pauvres contre les riches. Peut-on évaluer cependant le rôle de la pauvreté ou de la ghettoïsation? La pauvreté ne joue aucun rôle mais la ghettoïsation sûrement. Elle donne l'illusion de la solidarité mais elle accroît la haine du pays d'accueil et le besoin de retrouver un Dieu perdu.
   C'est plutôt une guerre des civilisations.
   Est-ce que nous sommes confrontés à un problème de secte? C'est la position du Dr Blisko de la Mivilude qui oeuvre contre les sectes. J'ai deux objections à cet égard. Dans tous les cas je crois que c'est naïf de promouvoir une stratégie de dé-radicalisation. Mais d'autre part je proclame régulièrement que je ne prête pas la main à la chasse aux sectes. Il existe un droit aux croyances, même absurdes, pourvu qu'elles ne commettent pas des actes délictueux. Et puis la dernière guerre nous a donné des leçons. A coté de la Résistance, quand tout le monde se taisait lâchement en France occupée, des gens courageux issus de sectes ont sauvé des vies: les Young Christian Boys, les Mennonites, les Quakers, les Mormons et les Amish ainsi que des myriades d'autres petites sectes religieuses en France furent les rares communautés avec les protestants à s'engager dans une périlleuse oeuvre d'entraide.
   2) Une culture de la violence et de la mort. Le terroriste islamiste assume un choix particulier des formes de combat. Il accepte a priori la primauté du salafisme, il assume le principe du génocide et l'opportunité de l'anéantissement des autres religions, la contestation du caractère précieux de la vie humaine et la chosification des enfants et des femmes.
   3) Les frustrations noétiques c'est à dire la pauvreté des acquis culturels jouent un grand rôle. Comment décrire cela? Nous voyons l'intrusion du village numérique planétaire jusque dans la cuisine. Des peuples entiers sont tout à la fois très proches et très lointains. Ils ont une main dans le crime d'honneur et l'autre sur Facebook. Ne comprenant pas ce que nous faisons ils se sentent perdus. C'est l'humain au risque du numérique.
   4) Je note un rapport spécial à la religion. On dit qu'ils sont religieux. Je pense le contraire: ils sont en quête d'un Dieu perdu. Il y a de la perte de Dieu dans l'air. C'est une déréliction (perte de Dieu) ou mieux encore l'acédie ou akhdeia qui a passionné les théologiens du Moyen-Age. L'acédie est une fatigue de Dieu. Ces djihadistes ont un sentiment douloureux de la perte de dieu. Et alors ils sont dans un travail bizarre et abscons de reconstruction de la conscience religieuse et de la divinité. J'estime que nous abordons là le problème le plus complexe. Nous devons répondre à la question: pourquoi faut-il reconstruire la divinité?

Psychologie des auteurs d'attentats-suicides


   Devenir une bombe humaine ne va pas de soi! C'est évidemment la grande question, la très grande question à 1000 dollars, puisque nous pourrions essayer de mieux comprendre les motivations de ces tueurs de masse suicidaires et d'autre part de réfléchir à des stratégies préventives.

Il y a certainement des traits de personnalité communs


   1) La pauvreté affective de ces individus est assez remarquable.
   2) Je note le rôle de la carence maternelle au moment de la jeunesse. Des fantasmes très archaïques naissent quand l'enfance est teintée d'abandonnisme. Le développement des fantasmes de persécutions. Dans un langage kleinien on parle alors de "l'introjection de la figure de la mauvaise mère", "des peurs que le moi ne soit détruit par les mauvais objets internes, par les persécuteurs internes". Les défenses contre cette peur consistent essentiellement dans la destruction des persécuteurs imaginaires.
   3) La grande question du passage à l'acte suicidaire. Examinons la question: "Qu'est-ce qu'un suicide?". Ce moment qui intéresse le psychiatre et le psychologue est donc celui de la bombe humaine. Il y a plusieurs façons de regarder le suicide
   - soit un acte lucide en pleine conscience, comme le geste de Socrate: c'est un genre de suicide héroïque qui est tout à fait éloigné de la psychiatrie.
   - soit un suicide ordalique -l'ordalie au Moyen-Age regarde le sacrifice ou le suicide comme un jugement de Dieu- . C'est en éprouvant de la souffrance qu'on prouve qu'on a raison.
   - soit un suicide pathologique
   Dans tous les cas il y a une surdétermination du geste suicidaire. C'est assez long à expliquer: ça se compare au cauchemar. Si vous rêvez de noyade il y a une source première et une source seconde qui fait office de "surdétermination" du rêve. La source première pourrait être un souvenir d'enfance de noyade et la source seconde pourrait être une émission récente où l'on parlait de noyade. J'appelle cela la surdétermination qui n'est donc pas le vrai moteur.

Peut-on prévenir?


   La psychiatrie est moins forte que l'idéologie. Nous avons donc besoin de distinguer le possible et l'impossible dans la prévention.
   La prévention psychiatrique proprement dite n'est pas concevable dans la plupart des cas. Le déficit d'introspection et la soumission aveugle à une mission contrecarrent toute possibilité de psychothérapie à visée introspective ou interprétative.
   La dé-radicalisation me paraît envisageable mais tout à fait décevante.
   La sanction proprement dite. La plupart des cas de terrorisme islamiste ne relèvent donc pas de la pathologie psychiatrique. Il n'y a pas de trouble psychique au regard de l'article 121-1 qui parle de troubles psychiques altérant ou abolissant la volonté.
   Responsabilité.- En France, l'article 122-1 du code pénal énonce, partout sauf en Suède: "N'est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes. La personne qui était atteinte, au moment des faits, d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant altéré son discernement ou entravé le contrôle de ses actes demeure punissable". Toutefois, la juridiction tient compte de cette circonstance. Si est encourue une peine privative de liberté, celle-ci est réduite du tiers ou, en cas de crime puni de la détention criminelle à perpétuité, est ramenée à trente ans"
   Il peut exister de redoutables ambiguïtés comme dans l'affaire Kobili Traoré , l'assassin de Mme le Dr Sarah Halimi. Celui-ci a commis un meurtre aux cris de "Allah Akbar". Le Dr Daniel Zagury nous dit que Traoré "a été pris cette nuit-là d'une bouffée délirante aiguë caractérisée par un délire persécutif polymorphe, à thématique mystique et démonopathique accentuée ou déclenchée par une forte consommation récente de cannabis". L'altération du discernement ne signifie pas l'abolition. Ce trouble psychotique, selon l'expert, est sans doute sans rapport avec le terrorisme mais il n'est pas incompatible avec la "dimension antisémite" du crime. Donc dans des cas tout à fait exceptionnel on peut imaginer un personne atteinte de bouffée délirante ou d'héboïdophrénie ou de paranoïa sensitive capable de commettre un geste qui est à la fois pathologique et terroriste. Mais c'est une exception.
   
   Les signalements par des psychiatres? C'est un redoutable problème éthique. Notons trois postures différentes. En principe on ne peut pas signaler. Pourquoi? Parce qu'il existe un risque d'entrer dans l'engrenage classique des crimes psychiatriques soviétiques (je rappelle que j'ai beaucoup agi jadis contre ces crimes). Et pourtant je pense qu'il faut quand même absolument faire quelque chose. Ce serait possible au titre de conseiller de certains responsables politiques. Mais il existe cependant un 3ème cas de figure, celui des experts juidiciaires. Dans ce cas il y a une coopération évidente puisque le secret y est aboli. L'expertise en effet, classiquement, n'est pas une consultation médicale mais une procédure médico-légale. Tous ces collègues qui critiquent le ministre Collomb et qui proclament leur indignation ont sans doute une assez bonne formation mais ils ne connaissent pas le monde de l'expertise médico-légale. Je rappelle que la psychiatrie est une discipline très vaste et très difficile.

Conclusion


   Le public et les journaux, c'est certain, préfèrent voir de la pathologie là où il y a de l'idéologie meurtrière. Mais la psychiatrie spécifique des terroristes est plutôt pauvre. En fait un psychotique schizophrène serait un très mauvais militant de la cause et il ferait peur à ses complices eux-mêmes. En fait il y a donc peu de psychiatrie chez ces djihadistes. Si vous permettez une plaisanterie ils sont souvent en meilleure santé psychique que moi-même!
   Ma conclusion c'est que l'idéologie ne se dissout pas dans l'expertise psychiatrique! Pour répondre aux questions des journalistes: je considère donc tout à fait normal que les experts trouvent rarement un trouble psychiatrique.

Bibliographie

Jean-Stephane Viallefont "Terrorisme, Islamisme et Sacrifice: la mort en transfiguration" thèse de décembre 2015

2ème exposé
Terrorisme et psychiatrie
Dr Georges Jules Fineltain


   Le droit d'ainesse a parlé et vous savez tout maintenant sur la psychologie des terroristes.
   Pour ma part je vais reprendre la question qui nous préoccupe aujourd'hui sous un autre angle.
   Celui de la méthodologie et des concepts en utilisant ce que l'on appelait autrefois la science des ânes, l'histoire (sans doute en raison de l'obligation d'apprendre par cur des dates, des noms, des numéros .. ce qui a toujours énervé nos brillants compatriotes).
   En effet le terrorisme n'est pas une invention moderne restreinte aux désirs de meurtres de bigots musulmans.
   Il faut remonter au moins à ASSURBANIPAL II, au IX° siècle avant JC. ou SARGON II, au 8ème siècle, rois de l'époque néo-assyrienne, mais probablement plus loin encore dans le temps (les historiens suggèrent 1850 avant notre ère) pour identifier cette stratégie, assumée et organisée, d'utiliser la terreur par toutes sortes d'atrocités, non indispensables, mais destinées à imposer la loi du dieu ASSUR et son délégué le roi, alors même que l'armée assyrienne très expérimentée, très vaillante et très organisée (avec ses chars, sa cavalerie, son infanterie, ses machines) remportait victoires sur victoires.
   C'est d'ailleurs cette aura de terreur qui parvint, en retour, à souder des peuples hétérogènes et ennemis en une grande coalition qui fit disparaître l'ASSYRIE de la terre et pratiquement des mémoires.
   Par contre la stratégie de la terreur va perdurer: à ROME, avec un concours de terrorismes entre les sicaires assassins (les Zélotes) et le terrorisme d'état avec la crucifixion exposée de 2000 Zélotes, au Moyen Age, avec TAMERLAN et ses pyramides de têtes coupées, et ensuite ses élèves ottomans, en passant par la secte des assassins, adeptes peut-être du hashish ou djinn de Hassan El-Sabbah, créée en 1090 par HASSAN AL-SABBAH, le vieux de la montagne, et ses successeurs Grands Maîtres ou Cheikh al-Djaba, et détruite en 1257, qui terrorisaient ses voisins par des assassinats suicides afin de préserver leur tranquillité.
   Le terrorisme mongol a été discuté par les historiens. Le déclenchement de la Peste Noire, qui anéantit entre 30 et 50 % de la population européenne (et sans doute mondiale), qui avait été imputée aux jets de cadavres morts de la peste par les assiégeants mongols de CAFFA (THEODOSIE en CRIMEE) afin de les terroriser est contestée. Ce seraient les commerçants génois qui après la levée du siège auraient disséminé l'épidémie; d'autre part si Tamerlan fut d'une férocité extrême, René Grousset a nuancé sa responsabilité personnelle en écrivant "il représente la synthèse de la barbarie mongole, et cette étape supérieure du besoin ancestral de meurtre qu'est le meurtre perpétré au service d'une idéologie abstraite, par devoir et mission sacrée" et Gabriel Martinez-Gros a écrit "son souci est d'éviter la naissance de formes impériales rivales" et pour cela il pratique "une sorte d'extermination préventive" dans les territoires qu'il juge "non-tenables".
   Tout ceci est très ambigu et il ne faut pas confondre tout assassinat, tout pillage et toute guerre de conquête et de répression, avec le terrorisme.
   Un exemple: les croisades n'ont pas été des campagnes terroristes, même la croisade des albigeois et le "tuez-les tous, dieux reconnaîtra les siens" du Légat du Pape Arnaud AMAURY. L'église chrétienne puis catholique portait un projet: celui de la destruction des hérétiques ou leur conversion, stratégie différente de la terreur. Arnaud Amaury, écrivit au pape Innocent III: "Les nôtres, n'épargnant ni le sang, ni le sexe, ni l'âge, ont fait périr par l'épée environ 20 000 personnes et, après un énorme massacre des ennemis, toute la cité a été pillée et brûlée. La vengeance divine a fait merveille." Et pourtant, selon un intéressant texte de Michel ROQUEBERT, le massacre de la population aurait été prémédité, afin de susciter la terreur et faciliter la reddition des prochaines villes à assiéger.
   Cette stratégie de la TERREUR sera codifiée par les héritiers du Siècle des Lumières, ROBESPIERRE, SAINT-JUST, COUTHON, qui attaqués de toute part, estimaient que la seule solution, pour maintenir les acquis de la Révolution était de terroriser les différents groupes d'opposants en appliquant des peines dissuasives à tout adversaire déclaré.
   Pour arriver à notre période la stratégie terroriste s'est individualisée, mais a repris la tactique des Zélotes, avec les nihilistes russes ou les anarchistes français et italiens, par exemple, qui considéraient que l'assassinat d'une personnalité importante, quasiment au hasard - le Tzar ALEXANDRE II était libéral et réformiste et appliquait les exigences des anarchistes avant même qu'ils passent à l'action - pouvait entraîner l'effondrement d'un système.
   Un prince polonais, Jozef LUBOMIRSKI analysait lui aussi avec ambiguïté ce mouvement en écrivant un essai sur le nihilisme en 1879:
   Le bras des assassins et des incendiaires n'est pas dirigé par un sentiment de haine ou de vengeance. Ils savent très bien qu'un empereur tué sera remplacé par un autre, qui nommera, comme son prédécesseur, des chefs de police et troisième section. Les nihilistes donnent pour raison à leurs attentats la nécessité d'extirper chez les hommes le respect routinier des choses établies. Plus les attentats contre le Tzar et les fonctionnaires se multiplieront, mieux on comprendra l'absurdité de la vénération qu'on leur avait vouée depuis des siècles.
   (une originalité, dans son film "EXODUS" Ridley SCOTT prête à MOISE et ses partisans hébreux en EGYPTE une tactique identique de guérilla contre les Egyptiens, mais il n'a pas suggéré explicitement qu'il souhaitait une répression poussant les hébreux à se révolter et s'enfuir).
   Cette théorie dite de "la brèche" (face au mur du capitalisme on enlève une brique et le mur s'écroule) perdure aujourd'hui avec les groupes extrémistes d'extrême droite et d'extrême gauche (action directe, les brigades rouges etc.. voire les zadistes, les corses ..), mais le national-socialisme ou le fascisme, ne sont pas des idéologies terroristes, elles sont violentes, éradicatrices, destructrices mais n'ont pas eu ou n'ont pas cette stratégie exemplaire de terreur à l'adresse "des autres", en dehors des seconds couteaux, (milices, gestapo et SS), et de leurs fusillades d'otages et de la tuerie d'ORADOUR SUR GLANE.
   Par contre des petits chefs sont souvent terroristes: le bon docteur DUVALIER, si sympathique, voire empathique, si moderne, si soucieux du bien de son peuple, est devenu une fois élu un tyran sanguinaire s'appuyant sur une armée de mercenaires recrutés dans tous les pays et confortant son pouvoir par des assassinats, des pillages et des tortures dont la finalité était d'imposer un climat d'effroi et donc d'atonie.
   Nous avons bien d'autres exemples, du CAMBODGE à l'IRAK ou la SYRIE, en passant par les états africains (ERYTHREE, SOUDAN, les GUINEES, GAMBIE, etc..) et la clique militaire et bouddhiste de BIRMANIE (terrorisant les ROHINGAS pour qu'ils disparaissent du sol birman) et peut-être de la CORSE, mais les bons sentiments peuvent également déboucher parfois sur des stratégies terroristes: les Sionistes Révisionnistes, en PALESTINE sous mandat britannique, ont commis des attentats meurtriers et aveugles, paradoxalement proches stratégiquement des révolutionnaires français malgré leur orientation fascisante, les bombardements des villes allemandes sur ordre du commandant de la RAF butcher ou bomber harris (Arthur Travis HARRIS), d'HIROSHIMA et NAGASAKI sur ordre du président TRUMAN, sont des actes terroristes: ils avaient pour but (en tous cas un de leurs buts) de provoquer l'effondrement moral des ennemis.
   Le terrorisme islamique qui est notre sujet aurait débuté, pour beaucoup et notamment pour les gourous à la mode comme Yuval Noah HARARI, en 1980 avec la guerre d'AFGHANISTAN qui a vu la transformation d'un pays, relativement paisible, structuré et avancé, en un lieu chaotique, école de tous les terrorismes islamiques, chaos productif malgré l'intervention américaine et l'occupation armée du pays.
   Après quelques années d'étonnement, de désarroi, voire de déni, on admet maintenant que le terrorisme islamique a un projet, une méthode, une fin, mais la diversité des techniques meurtrières - assassinats individuels, attentats collectifs, assauts organisés - donne lieu à des montagnes d'élucubrations, de théories étiologiques, de propositions thérapeutiques, découlant d'a priori idéologiques que l'on pourrait qualifier d'impératifs catégoriques.
   On est également surpris par la posture moderne de négation de l'Histoire, en dehors de Gérard CHALIAND et Arnaud BLIN. En effet le passé ne nous apprendrait rien, tout est devant nous; ainsi Yuval HARARI développe une théorie censée être nouvelle, celle de la "stratégie de la mouche", mouche qui s'insinue dans l'oreille de l'éléphant et l'énerve au point qu'il détruit tout ce qui est autour de lui. La mouche c'est le malheureux émir saoudien, ou le pauvre chef du HAMAS et l'éléphant c'est le stupide et monstrueux USA qui, bêtement, va renverser ce pauvre et inoffensif SADDAM et détruire le magasin de porcelaine du Moyen Orient, singulière oxymore pour ce libanais d'origine.
   Chronologiquement le terrorisme palestinien (souvent chrétien d'ailleurs) a commencé bien avant, dès les années 30, mais il ne s'agissait pas vraiment de terrorisme au sens propre, mais plutôt de pogroms encouragés par les muftis, par les allemands et les britanniques (ces derniers étaient vraiment des terroristes puisque leur objectif proclamé était de dissuader les juifs de pénétrer en Terre Sainte, programme qu'ils ont poursuivi jusqu'au bout), mais, dès 1948, les groupuscules dits palestiniens ont multiplié les assassinats et les prises d'otages dont le but affirmé était de modifier le cours de l'histoire et les engagements politiques et culturels en effrayant les populations et les gouvernements (but parfaitement atteint auprès des populations arabes de PALESTINE, et ultérieurement en Espagne socialiste par exemple).
   Si l'on se place à la gauche de l'échiquier politique (ou souvent si l'on est musulman mais également africain même chrétien comme Lionel ZINSOU ou libanais) les terroristes sont des victimes de la société capitaliste qui pille leur communauté, les colonise, les arrache à leur milieu pour les exploiter dans ses usines, les confine dans des ghettos péri-urbains, leur interdit toute ascension sociale, les harcèle s'ils osent sortir de leur condition et ne leur laisse donc qu'un seul choix la révolte. Ce triomphe posthume du marxisme s'accompagne d'un illuminisme néo-chrétien: ces rebelles des pays lointains viennent régénérer notre société dégénérée, corrompue, épuisée, la répression de tout acte violent est nocive, la culture est la solution omnipotente. Dans le même contexte interprétatif, la hantise de la guerre civile "blancs-noirs, nord-sud" conduit les représentants politiques à minimiser les attentats (DAECH serait moins dangereux que MAC DONALD pour HARIRI, pour d'autres, les accidents de voitures font plus de victimes que les attentats etc..). Ce négationnisme mériterait une étude psychiatrique comme la doctrine de "l'arme du faible" qui absout à l'avance le candidat terroriste.
   A droite ce sont des imprécations (mais également des actes violents) contre ces envahisseurs qui n'ont qu'une seule ambition détruire notre société chrétienne et lui substituer une autre qui ne nous plait pas. Ce projet est bien vague et ne fait émerger qu'une idée maîtresse: le désir d'une société autoritaire sensée résoudre tous les problèmes.
   Des intellectuels courageux se dressent contre cette pensée multiforme mais en fait unique: FINKELKRAUT, DAOUD, SERFAOUI, BRUCKNER .. mais leur audience est limitée.
   Pourtant comprendre et traiter face à la vague terroriste sont des nécessités vitales.
   Alors lorsque le ministre de l'intérieur invite les psychiatres à réfléchir à la question on peut s'étonner de leur violente réaction.
   Le ministre n'a pas demandé aux psychiatres de dénoncer leurs patients - quoique les familles des 149 victimes d'Andréas LUBITZ en 2015 auraient été bien heureuses de cette alerte préventive - mais de réfléchir au statut psychique des terroristes afin de trouver une parade à leurs actes potentiels.
   Nous savons maintenant qu'il n'y a que 5 % de malades mentaux parmi ces djihadistes, peut-être un peu plus. Sur 15 000 fichés S ça fait tout de même au moins 750!
   L'évaluation des criminels porteurs de troubles psychiatriques n'a pas vraiment été faite sinon à la louche. Suivant les époques les responsables politico-administratifs alarment les médias en déclarant que 40 ou 60 % ou 80 % des détenus (donc par définition si on n'est pas trotzkiste, des délinquants) sont atteints de troubles mentaux. Les psychiatres pénitentiaires s'affirment débordés par des prisonniers qui ne devraient pas être là. Il existe donc un problème au moins pour les psychiatres pénitentiaires!
   Il n'a pas été dit, contrairement aux écrits du Dr GOURION, que le ministre voulait stigmatiser les malades mentaux, revenir à la condition médiévale du "fou possédé à éradiquer", mais se poser la question pragmatique du rôle possible de troubles mentaux dans la genèse d'un passage à l'acte et d'une éventuelle thérapeutique préventive.
   Aux PAYS-BAS en cas de prise d'otages, il est de règle que la police sollicite un psychiatre compétent dans les problèmes médico-légaux pour lui donner un avis sur la situation et éventuellement conseiller ou déconseiller l'assaut. En SUEDE lors de la prise d'otages de l'évadé OLSSON, la police avait réquisitionné un psychiatre (ce qui avait mis à un jour le Syndrome de STOCKHOLM).
   De ce point de vue l'intervention du psychiatre n'est pas superfétatoire; mais pas seulement du psychiatre; comme il a été dit plus tôt, il existe un outil: l'expertise judiciaire qui permet d'analyser l'acte, l'acteur, les conséquences, car l'expert est libéré du secret médical, (mais pas du secret de l'instruction).
   

Alors comment faire?


   L'histoire nous interpelle car si la stratégie terroriste apparaît souvent le fait d'une décision d'un groupe restreint, parfois d'un individu - le fameux loup solitaire - son action est en général collective et organisée.
   Nous devons donc nous intéresser:
-    Aux commanditaires,
-    Aux exécutants:
--    La horde exécutive
--    L'individu meurtrier
   Inversons la liste et commençons par le dernier.
   Il y a quelques dizaines d'années l'état d'ISRAEL était la cible de multiples agressions, attentats, assassinats d'hommes, femmes, enfants et les techniques d'attentats désorientaient les autorités israéliennes quasi psychanalytiquement. Cette société héritière de communautés dont le principal souci a été la survie face à des persécutions millénaires et dont le credo religieux ou philosophique est la primauté de la vie terrestre, ne comprenait pas le désir de mort forcené visant des inconnus mais également soi-même, organisé, au nom d'un dieu présumé miséricordieux, ou d'une revendication politique fantasmatique. C'est alors que le souvenir japonais est revenu à la surface (aidé sans doute par l'irruption de trois japonais dans un attentat en 1972 en ISRAEL) et l'analyse a permis de distinguer trois catégories de tueurs.
   
   Les KAMIKAZES
   LES FANATIQUES,
   LES DELINQUANTS
-    Les kamikazes ces hommes, et de plus en plus ces femmes (qui pourtant en islam n'ont aucun accès réel au paradis d'Allah), bardés de ceintures d'explosifs qui se faisaient sauter au milieu des promeneurs, marchés, magasins, autobus scolaires. La première analyse était qu'il s'agissait d'une révolte arabe contre les juifs, d'une guerre; puis des événements comme l'arrivée d'un bédouin se présentant au commissariat de police et amenant sa fille (qui avait été épargnée par le tueur parce qu'arabe et qui avait quitté l'autobus tranquillement laissant ses copines de 12-13 ans se faire tuer) et déclarant "je ne vous aime pas mais je ne peux vivre avec cette honte sur ma famille" a nuancé les réflexions.
   Qu'est-ce qu'un kamikaze? un tueur suicidaire? D'abord sont-ils tous volontaires et imprégnés d'une culture de mort, récompense pour eux, gloire pour les proches, punition pour les victimes et infamie pour les proches de ces victimes? Les prudentes révélations des survivants japonais (de 1945) ou anglo-pakistanais de 2015, l'étonnante ballade désinvolte des KOUACHI après leur massacre de CHARLIE-HEBDO, tout cela pourrait laisser à penser que ces tueurs ont été piégés par leurs commanditaires et qu'ils n'étaient pas réellement désireux de se précipiter au paradis.
   En tous cas ces tueurs, les volontaires s'entend, avaient une configuration psychologique et peut-être neuropsychique particulière: ils étaient dépourvus de l'instinct primaire de survie, ils étaient suffisamment intelligents et rusés pour manier les armes, se camoufler, se travestir, jouer un rôle, comprendre ce qu'on leur demandait. Ils n'étaient donc pas très nombreux et après avoir dressé ce portrait les services secrets les ont recherchés et éliminés. Thérapeutique drastique mais qui peut servir de modèle de recherche diagnostique et de sanction judiciaire dans la norme admise en France. Je rappelle qu'INTERPOL a dressé en JUILLET 2017 une liste de 173 kamikazes potentiels issus du "magasin de porcelaine" moyen oriental.
-    Les fanatiques, religieux en général, mais de toute idéologie: leur conviction d'être dans le vrai et leur intolérance à la contestation, l'absence de censure morale, les prédisposent à toute action violente qui abolirait la controverse. Le déséquilibre psychopathique n'est pas loin, la conviction délirante non plus.
-    Les délinquants. En France, la grande majorité des tueurs terroristes est issue de la communauté des délinquants: alcooliques, drogués, dealers, voleurs, bagarreurs, violents de rue ou conjugaux. Ils ont souvent une expérience pénitentiaire qui, pour beaucoup de commentateurs, les aurait orientés vers le terrorisme islamique. L'université pénitentiaire est une notion (ou fantasme) connue. Entre les deux guerres l'autoritarisme politique dominant en EUROPE avait envoyé de nombreux opposants (communistes notamment) en prison. Les prisonniers politiques avaient organisé de véritables écoles et formaient, instruisaient leurs camarades. Ces formateurs avaient pris des contacts avec les prisonniers de droit commun et les échanges étaient souvent surprenants: les voleurs se prétendaient plus communistes que les militants car ils dévalisaient les riches, les banques etc. ce que les communistes n'osaient pas faire. Le besoin d'enjoliver, d'enrober, de qualifier leurs actes délictuels par des titres glorieux est très fréquent: les robins des bois, les squatters, les crimes d'honneur. La Bande à BONNOT, malgré le respect (ils meurent pour leurs idées) qu'elle inspire à de nombreux commentateurs (tels que CRIMINOCORPUS, plateforme gérée par le CNRS, le Ministère de la Justice et les Archives Nationales.) était composée de marginaux, asociaux, violents, assassins, qui coloraient leurs actes d'oripeaux idéologiques mal assimilés
   Parmi les hommes de main du terrorisme islamique actuel on retrouve ces trois catégories.
   La horde
   Les terroristes sont rarement seuls. Ils ont besoin du groupe, qui les regarde et qu'ils regardent et d'une foule qu'ils effraient avant de les tuer.
   Les images d'atrocités diffusés par DAECH montrent des groupes entourant l'exécuteur et le supplicié: il s'agit d'une habile technique de communication qui fascine et attire les candidats à la personnalité border line.
   Rappelons la composition des commandos du Bataclan; certes ils s'agissait d'une juxtaposition d'individus, mais qui se connaissaient, qui s'étaient entraînés ensemble et qui étaient mus par une volonté commune de tuer le plus grand nombre de personnes selon un rituel éprouvé.
   Un psychiatre marocain Ahmed El Hamdaoui (Professeur de psychopathologie et de criminologie clinique Institut Royal de Formation des Cadres à Rabat) le 18 Mai 2013, a bien défini ce besoin d'exhibitionnisme spectaculaire, même s'il le restreint au kamikaze:
   En effet, le principe suprême de la logique du kamikaze se focalise, au niveau psychologique, à un maniérisme de l'atrocité et de l'horreur. La technique envisagée est inhérente à une dramaturgie combinée à deux éléments fondamentaux: l'atrocité et le spectacle.
   De ce fait, on trouve dans toute démarche terroriste une pléthore recherchée et voulue dans l'atrocité. Voilà pourquoi, l'essence du kamikaze réside dans la panique qu'il profère, car il y a un dépassement des limites quant à la dramaturgie de l'horreur. En s'appuyant sur des images impitoyables des attentats perpétrés, la finalité du kamikaze est de frapper les esprits pour les influencer. Raison pour laquelle il ordonne la menace, la panique, la souffrance et la mort faisant recours à des images des scènes sanglantes où l'horreur est au premier plan
   Les commanditaires
   Le conspirationnisme, le complotisme, la rumeur fait florès depuis des millénaires et a explosé avec les nouveaux moyens de communication.
   Le thème délirant le plus pérenne depuis 2000 ans est l'antijudaïsme. C'est le plus connu et, sans doute, le plus habile, le plus efficace, avec un document basique, toujours présent, le PROTOCOLE DES SAGES DE SION. La Bible a paradoxalement (en tous cas selon la théorie d'un historien diplomate Jean SOLER "Qui est Dieu?") donné la structure du thème, avec ses patriarches qui guident le peuple, ses Juges qui font régner la loi, ses rois et leurs turpitudes. Les juifs continueraient à guider les peuples et non plus seulement le leur et à les manipuler à leur profit. Suprême habileté ils organiseraient leur propre persécution, voire leur massacre (tout en le niant de temps en temps) pour attirer la compassion, créer un état factice, brimer les autres populations moins rusées. Le grand Umberto ECCO a conté le processus de construction de ce pamphlet et l'on attendait une suite plus explicite mais malheureusement il n'a pas eu le temps de nous la confier.
   Les Sages de Sion, le Vieux de la Montagne, le Grande Vecchio qui aurait organisé toutes les manifestations, émeutes, attentats en Italie, les satrapes du kremlin à l'origine de toutes les guerres, la CIA à l'origine de tous les coups d'état, les financiers comme SOROS, accusés (un président français a proclamé "la finance voilà mon ennemi") de tueries etc.. les commanditaires de l'ombre font partie de la culture sociopolitique générale.
   Ce qui est établi c'est que les ordres d'attentats venaient sinon directement de gouvernements - syriens, libyens, iraniens - en tous cas que les tueurs étaient protégés par les gouvernements arabes, est-allemands, soviétiques, qu'ils étaient volontiers ignorés par la GRECE, l'ALGERIE, le SOUDAN, le PAKISTAN .. et qu'ils disposaient d'une structure étatique l'AFGHANISTAN, puis pendant deux ans le califat DAECH.
   L'expert, le psychiatre notamment, n'a rien à voir avec ces cadres supérieurs, mais il existe une instance compétente, le Tribunal Pénal International.
   Le Dr Henri AMOROSO, neuropsychiatre niçois, avait, au cours d'une table ronde psychiatrique sur la création artistique, traité de la psychologie de l'escroc et avait déclaré "on ne connaît que les petits escrocs, les grands escrocs on ne les connait pas car on ne les démasque jamais
   Les cadres supérieurs du terrorisme c'est la même chose; même celui que les italiens ont appelé le Pape Noir, Giulio ANDREOTTI, n'a pu en définitive être condamné.
   

AU TOTAL que faire?


   
   Si les terroristes grands ou petits sont indemnes de toute affection neuropsychiatrique, il faut suivre Maître GOLNADEL, leur place est en prison (ce qui est tout de même l'objet principal de la contestation des surveillants pénitentiaires aujourd'hui) et non pas à l'hôpital.
   Mais ce qui pose question, hors du cercle asilaire, c'est de dire dans quelles proportions les pathologies mentales, sinon les troubles du comportement, voire les addictions à des produits stupéfiants, peuvent, pourraient, expliquer la délinquance et par conséquent, si l'on reprend le constat rappelé ci-dessus, le terrorisme moderne? Il n'y a évidemment pas de réponses précises à cette question à tiroirs, ou de statistiques qui font référence, en tous cas objectivement.
   "On estime que dans la population générale, 20 % des gens ont des problèmes de mal-être ou de santé mentale. Pour les mineurs délinquants, ce pourcentage pourrait être du double", avance cependant le docteur Jean Girard, responsable de l'unité d'hospitalisation psychiatrique des 12-17 ans au CHU de Nîmes.
   40 % c'est une proportion non négligeable. Je ne comprends plus la controverse et il serait peut-être temps de s'atteler sérieusement à l'étude de ce problème.
   

Brève bibliographie


   Christine BONNARDI et PIERRE MANNONI "LE TERRORISME: UNE VIOLENCE DE NATURE POLITIQUE" (in TRAITE DE PSYCHIATRIE LEGALE 2018)
   GERARD CHALIAND ET ARNAUD BLIN: "HISTOIRE DU TERRORISME" 2015.
   GERALD DAHAN: "LE SACRIFICE ULTIME DU KAMIKAZE AU DJIHADDISTE" (article 27 06 2014 AGORAVOX)
   UMBERTO ECCO: "LE CIMETIERE DE PRAGUE" 2010
   RENE GROUSSET "L'EMPIRE DES STEPPES ATTILA GENGIS KHAN TAMERLAN" 1939
   AHMED EL HAMDAOUI "PSYCHOLOGIE DU KAMIKAZE" (article 18 MAI 2013)
   YUVAL NOAH HARARI: "LE THEATRE DE LA TERREUR" (article BIBLIOBS 18 AOUT 2017)
   GABRIEL MARTINEZ-GROS: "BREVE HISTOIRE DES EMPRIRES COMMENT IL SURGISSENT COMMENT ILS S'EFFONDRENT" 2014
   CLEMENT RIZET: "PSYCHOLOGIE COLLECTIVE DU TERRORISME ET METAPSYCHOLOGIE DU TERRORISTE" (in TRAITE DE PSYCHIATRIE LEGALE 2018)
   MICHEL ROQUEBERT, "BEZIERS, 22 JUILLET 1209. AUTOPSIE D'UN MASSACRE ANNONCE", DANS CARMEN ALEN GARABATO (DIR.), BEZIERS VILLE OCCITANE, PRESSES UNIVERSITAIRES DE PERPIGNAN, 2007
   

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Ludwig FINELTAIN
   

   Psychiatrist and Psychoanalyst
   PARIS (FRANCE)